• L'ensemble de l'écosystème est en train de s'effondrer

    L'ensemble de l'écosystème est en train de s'effondrer

    Parmi les espèces emblématiques touchées par un fort déclin, l'outarde canepetière (ici, un mâle), qui a perdu plus de 95 % de sa population depuis 25 ans. |Thierry Creux / Ouest-France

     

    Le gouvernement annonce ce mercredi, par la voix de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, son « plan pour la Biodiversité ». Il est très attendu, notamment par les auteurs de deux études conjointes entre le Museum national d'histoire naturelle et le CNRS, qui alertaient, au printemps, de l'inquiétante disparition des oiseaux de plaines. Pour eux, il est temps de penser un autre modèle agricole, davantage centré sur la biodiversité.

    C'est ce mercredi que le gouvernement va détailler son « plan pour la biodiversité ». Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire a annoncé que ce serait « une grande mobilisation pour la nature ».

    Il s'agit aussi d'« une priorité absolue » pour Vincent Bretagnolle, écologue, directeur de recherche au CNRS, Chizé, Val-de-Sèvres, témoin depuis 25 ans, du déclin des oiseaux de plaines. Nous l'avons rencontré en juin, un mois avant les annonces du gouvernement.

     

    L'ensemble de l'écosystème est en train de s'effondrer

    Vincent Bretagnolle, écologue, directeur de recherche au CNRS. | Thierry Creux / Ouest-France

     

    Vous avez alerté en mars sur le déclin alarmant des populations d’oiseaux de plaine. Comment l’avez-vous observé ?

    Dans la zone atelier du CNRS, à Chizé (Deux-Sèvres), nous avons mis en place un suivi depuis 1995. Nous avons gardé exactement les mêmes 160 sites de comptage et la même méthode depuis 25 ans. Sur la centaine d’espèces présentes dans cette zone de 450 km², on a perdu entre 35 et 40 % du nombre d’individus. L’année 2018, confirme totalement l’effondrement régulier des populations et probablement au-delà de ce qu’on avait imaginé. La même chose est observée à l’échelle nationale et européenne, pour ce qu’on appelle les oiseaux de plaine qui vivent dans les plaine céréalière, en milieu intensif (alouette, perdrix, caille...), une quarantaine d’espèces dont les populations sont en baisse continue, à la même vitesse depuis 25 ans.

     

    Qu’est-ce que cela signifie pour l’écosystème ?

    L’homme n’est pas arrivé à produire des bouleversements aussi importants dans d’autres écosystèmes. Cela se produit à l’identique en Amérique du Nord, dans les plaines agricoles. On est face à un effondrement massif, à l’échelle planétaire. Comme les oiseaux sont des prédateurs supérieurs, au sommet de la chaîne alimentaire, cela suggère très fortement que c’est l’ensemble de la chaîne trophique, l’ensemble de l’écosystème qui est en train de s’effondrer.

    D’un point de vue scientifique, on est devant des événements catastrophes sur le plan écologique. Il s’agit de changements brutaux de fonctionnement d’écosystèmes.

     

    Va-t-on vers une disparition totale des oiseaux ?

    L’abondance d’insectes continue de décroître, donc les oiseaux qui s'en nourrissent disparaissent et si on ne fait rien, dans 25 ou 50 ans, c’est impossible à prédire, on aura perdu les 2/3 ou les 3/4 des oiseaux par rapport à aujourd’hui. Si on ne change rien, on sait très bien où on va : à la disparition progressive des insectes et des oiseaux. Cela n'arrivera pas, parce qu’on ne peut pas se passer des insectes. L’agriculture disparaîtra avant que les insectes disparaissent, de la même manière que les pêcheurs disparaissent avant que les poissons disparaissent. L’agriculture s’arrêtera avant d'elle-même et comme elle est une grosse partie du problème, sa réduction de l’agriculture ou la diminution et l’arrêt des intrants, feront réapparaître les insectes. Mais on n’aura quand même détruit une bonne partie des écosystèmes, des processus et des fonctions écologiques.

     

    L'ensemble de l'écosystème est en train de s'effondrer

    La perdrix rouge a virtuellement disparu. Ici, photographiée dans le parc Zoodysée, appartenant au pôle sciences et nature du Conseil Départemental des Deux-Sèvres. Il est dédié à la faune européenne. | Thierry Creux / Ouest-France

     

    L’agriculture est-elle l’unique cause de cette catastrophe écologique ?

    Il y a plusieurs causes qui relèvent de l’agriculture intensive qui affecte la biodiversité par différentes mécanismes. Pour ce qui est des oiseaux il y a deux grandes causes majeures : une liée au paysage agricole, de plus en plus simplifié, uniformisé depuis une quarantaine d’années. Avec la disparition des haies, des petits bosquets, des petites vignes, des arbres isolés, des murets, des prairies, les oiseaux comme les insectes, ont perdu leur habitat de reproduction. S’ajoute l’utilisation des pesticides, qui, en France, a augmenté fortement au cours des vingt dernières années malgré le Grenelle de l’Environnement, malgré le Plan Écophyto. On l’oublie souvent, mais les herbicides sont aussi une cause de la disparition des insectes parce qu'ils éliminent la flore spontanée des champs. Or, elle leur est indispensable, car ils se nourrissent du pollen, du nectar, des feuilles, des fleurs…

     

    Il y-a-t-il des solutions pour enrayer ce phénomène ?

    Nous testons à Chizé l’agroécologie, un modèle d’agriculture basé sur la biodiversité, c’est-à-dire l’inverse du modèle agricole actuel qui remplace la nature par de l’agrochimie. Nous essayons de diminuer les intrants, les pesticides, les herbicides, nous essayons de remettre des éléments semi-naturels, des bandes enherbées, des prairies, et peu de haies, de diversifier les cultures…

     

    L'ensemble de l'écosystème est en train de s'effondrer

    Ici un œdicnème criard, oiseau des landes et des prairies sèches, des cultures basses et des friches, photographié dans le parc Zoodyssée. | Thierry Creux / Ouest-France

     

    Nous avons des résultats positifs localisés à notre zone d’étude. On a démontré qu’un céréalier intensif peut réduire de 30 % l’apport d’azote et l’apport d’herbicides sans toucher à son rendement. En augmentant donc son revenu de plusieurs centaines d’euros par hectare, c’est énorme. Nous ne sommes pas en décalage avec une réalité agronomique, il y a juste des freins et des blocages qu’il faudrait maintenant lever pour qu’on puisse transiter vers un autre modèle agricole. C’est une priorité absolue.

    Article paru dans Ouest-France

     


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