• Les fleurs, de par leurs formes et leurs couleurs, voire leurs parfums, ont fasciné les hommes depuis la nuit des temps. Aussi, au fil des siècles, chaque culture a développé un art du langage subtil : le langage des fleurs.

    Un langage ancien

     

    Un code complexe et raffiné

     

    L’attrait des hommes pour les fleurs remonte à la préhistoire. Et si l’usage de parfums floraux est attesté depuis la haute Antiquité, il faut attendre le Moyen Âge pour que le langage des fleurs soit confirmé en Europe.

     

    Un code complexe et raffiné

    La dame à la Licorne, l’Odorat, Musée de Cluny

     

    Au Moyen Âge, alors que les plantes sont au centre de la médecine, la littérature courtoise développe son art jusque dans la conversation sans parole, et le Roman de la Rose en est son plus célèbre exemple. L’art du jardin s’étend, et avec lui l’intérêt pour les plantes et les fleurs. Il était d’usage qu’au premier mai, un galant offre une fleur de son choix à l’élue de son cœur. Les tapisseries se couvrent de fleurs, la femme est comparée à un jardin clos et bientôt, pendant la Renaissance, Pierre de Ronsard écrit en 1545 Mignonne allons voir si la rose. Ce langage des fleurs, ancien et érudit, a été oublié et remplacé progressivement. Mais l’on en trouve des traces dans la littérature courtoise et dans les reconstitutions de jardins médiévaux donc celui (fermé au public) du Musée de Cluny.

     

    Un code complexe et raffiné

    Portrait de Lady Mary Wortley Montagu

     

    L’ouvrage connut un certain succès dans une époque férue d’orientalisme, et le mouvement romantique s’est emparé de cette pratique pour la communication « secrète » entre amants. Plusieurs dictionnaires et ouvrages de conversation florale ont alors vu le jour. Parmi les plus connus, celui de Charlotte Delatour, Le langage des fleurs, rencontra un vif succès tout au long du XIXème siècle, avec 26 éditions entre 1819 et 1876.  Celui de G.W. Gessmann, publié en 1899, fut également une référence. Il faut attendre le XVIIIe siècle pour que le langage actuel des fleurs se diffuse pleinement.

    En effet, dans un ouvrage posthume de Lady Mary Wortley Montagu (1689-1762) aristocrate anglaise et épouse de l’ambassadeur anglais à Constantinople, elle évoque le langage raffiné des fleurs, utilisé dans les harems de l’Empire Ottoman, qu’elle aurait découvert lors de son séjour entre 1715 et 1718. Publié en 1763, sous le titre Letters of the Right Honourable Lady M–y W—y M—-e, during her Travels in Europe, Asia and Africa, To Persons of Distinction, Men of Letters &c. in different Parts of Europe. Which contain, … Accounts of the Policy and Manners of the Turks, Drawn from Sources that have been inaccessible to other Travellers, il est surtout connu sous le titre générique de Turkish Letters.

    Ce langage était si perfectionné que certains militaires l’utilisaient pour transmettre leurs ordres au nez et à la barbe de l’ennemi.

     

    Un code complexe et raffiné

     

    Durant la période victorienne, particulièrement pudibonde et moralisatrice, le langage des fleurs connut de nouveau un véritable engouement, d’autant plus que la période voyait la découverte de nombreuses fleurs et plantes venues des quatre coins de l’Empire Britannique, et que la noblesse et la haute bourgeoisie collectionnaient les essences les plus rares et exotiques. En outre, les fleurs ont toujours été un cadeau peu cher, voire gratuit pour les plus courantes. Aussi, cette tradition s’est diffusée au sein des classes les plus populaires.

    De nos jours, le langage des fleurs est certes moins utilisé, ni même connu, mais certaines pratiques ont continué, comme offrir des roses rouges à l’être aimé ou encore du muguet au 1er mai pour souhaiter du bonheur.

     

    La fleur symbole

     

    Un code complexe et raffiné

    Henry Arthur Payne (1868–1940), Plucking the Red and White Roses in the Old Temple Gardens, circa 1908, City Museums and Art Gallery Birmingham, England

     

    La fleur symbole ne relève pas directement du langage des fleurs  (p.162 à 165) mais peut revêtir un sens religieux, politique, symbolique, etc.

    Ainsi, lors de la Guerre des Deux-roses en Angleterre, les partisans de chaque faction arboraient une rose rouge de Lancastre ou une rose blanche d’York en fonction de la faction à laquelle ils appartenaient. De même, le lys, incarnation de la fleur mariale, ornait les autels des églises alors que les jeunes mariées portaient des couronnes et bouquets de fleurs d’oranger dont la blancheur éclatante rappelait leur pureté immaculée. La symbolique signifiante des fleurs est une pratique toujours vivace dans certaines régions du monde, notamment au Burkina Faso.

     

    Un code complexe et raffiné

    Couronne de mariée

     

    La fleur peut également être le symbole d’une région, comme le chardon qui peut désigner la Lorraine en France ou encore l’Écosse.

    Quelquefois, symbole et langage des fleurs sont liés à d’anciennes légendes tristes ou charmantes qui nous éclairent sur leur sens.

     

    Un code complexe et raffiné

    Langage des fleurs 

     

    Bien que très ancien et largement diffusé, le langage des fleurs n’est pas universel, car intimement lié aux plantes poussant dans les différentes régions du monde. Ainsi, en Asie, les fleurs ont parfois une tout autre signification. Si vous souhaitez vous essayer à cette pratique, il existe de nombreux sites et livres qui pourront vous y aider. En tout cas, à la rédaction, nous avons été étonnés par le sens de certaines fleurs.

    Article paru dans Daily Geek Show


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