• Tanneries de peau humaine dans « Les nouvelles de Bretagne »

    Le titre a de quoi surprendre. Pourtant, le fait a existé sous la Révolution et est bel et bien avéré malgré les efforts intéresses de certains à le nier et le traiter de légende.

    Citons tout d’abord le témoignage du conventionnel Harmmand (de la Meuse) qu’il a consigné dans un livre paru en 1820 chez Maradan, à Paris, et intitulé « Anecdotes relatives à quelques personnes et à plusieurs événements remarquables de la Révolution ». Voici ce qu’il rapporte :

    « Une demoiselle, jeune, grande et bien faite, s’était refusée aux recherches de Saint-Just ; il la fit conduire à l’échafaud. Après l’exécution il voulait qu’on lui représentât le cadavre et que la peau fût levée. Quand ces odieux outrages furent commis, il la fit préparer (la peau) par un chamoiseur et la porta en culotte. Je tiens ce fait révoltant de celui même qui a été chargé de tous les préparatifs et qui a satisfait le monstre ; il me l’a raconté, avec des détails accessoires que je ne peux répéter, en présence de deux autres personnes qui vivent encore. Il y a plus : c’est que, d’après ce fait, d’autres monstres, à l’exemple de Saint-Just, s’occupèrent des moyens d’utiliser la peau des morts et de la mettre dans le commerce. Ce dernier fait est encore constant. Il ne l’est pas moins que, il y a environ trois ans, on mit aussi dans le commerce de l’huile tirée des cadavres humains : on la vendait pour la lampe des émailleurs ».

    Arrêtons-nous un instant sur cet autre témoignage pour dire qu’il ne s’agit pas là d’un racontar : il est établi par des faits notoires, en particulier à Clisson (44), en avril 1794, où l’on fit fondre cent cinquante cadavres de femmes pour se procurer leur graisse.

    Des moralistes, des écrivains se posant en historiens parlèrent à leur tour des tanneries de peau humaine en produisant des témoins de seconde ou troisième main, ce qui peut rendre suspectes leurs assertions ; ainsi Georges DUVAL dans ses « Souvenirs de la Terreur », Bernard Granier de Cassagnac (1806-1880) dans son « Histoire des Girondins et des massacres de Septembre », ou encore l’« Histoire impartiale des Révolutions » de Prud'homme, « Les brigands démasqués » de Danican, etc.

    Cependant, trop de témoignages, même indirects, venus de personnes et de lieux différents, concordent sur le fond pour ne point constituer une présomption de preuves. Deux faits corroborent cette présomption : une affiche du temps et un exemplaire de la Constitution du 24 janvier 1793 reliée en peau humaine. Louis Combes a fait connaître le texte du placard, copié sur l’original même, dans ses « Episodes et curiosités révolutionnaires » et l’a fait suivre de sa « Réponse à l’affiche de Jean Nicolas Billaud-Varenne (1756-1819), VADIER, Jean Marie Collot d’Herbois (1750-1796) et Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841) » dans laquelle il dit ceci :

    « Plusieurs journaux avaient parlé avant nous des prétendues tanneries. Le fait nous parut si hasardé que nous le reléguâmes dans les on-dits, et nous nous contentâmes, dans un mémoire suivant, de rapporter littéralement les détails que donnait à ce sujet une feuille accréditée. Billaud-Varenne, Vadier, Collot et Barère ont cru bon et utile de signer une grande affiche bleue contre nous seuls ».

    A la première explication que nous venons de donner nous ajoutons que le fait de la tannerie  humaine a certainement existé, puisqu’un de nos abonnés nous envoie, comme un digne monument des décemvirs, une Constitution de 1793, imprimée à Dijon (21), chez Causse sur un papier vélin et reliée en peau humaine qui imite le veau foncé. Nous offrons de la montrer à tous ceux qui seraient curieux de la voir… ».

    Cet exemplaire de la Constitution a une histoire, il devint plus tard la propriété d’un historien de la Révolution, Villenave, qui y joignit un exemplaire de l’affiche et une note destinée à l’authentifier. Muni de telles références, le livre fut mis en vente et acquis en 1849 par un libraire parisien. On en perd ensuite la trace jusqu’en 1864 où, le 13 février de cette année, il était vendu par Monsieur France, le père d’Anatole, le maître styliste et délicieux conteur, pour la coquette somme de 231 francs-or. Cet exemplaire, après avoir eu plusieurs possesseurs, dont le marquis de Jean Robert Jacques Turgot (1727-1781), fut acheté en 1889 par la bibliothèque Carnavalet. C’est un in-12, joliment relié, avec filets sur les plats et doré sur tranches.


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